APPEL A PROPOSITIONS / CALL FOR PAPERS : Volume 11, N° 1 (202O)

APPEL A PROPOSITIONS / CALL FOR PAPERS :

Études Ricœuriennes / Ricœur Studies (ERRS)

 

 

ERRS Volume 11, N°1 (2020) : 

« PAUL RICOEUR : PENSER AU RISQUE DES SCIENCES HUMAINES ET SOCIALES »

 

            Nous invitons les contributeurs à présenter un article pour le Volume 11, N° 1, 2020 des Etudes ricœuriennes / Ricœur Studiesqui sera consacré au thème suivant : « Paul Ricœur : penser au risque des sciences humaines et sociales ».

 

Les sciences humaines et sociales occupent une place paradoxaledans l’œuvre de Ricœur, pour plusieurs raisons. 

D’abord parce que si, d’un point de vue chronologique, elles n’apparaissent pas immédiatement (les premiers textes sur le sujet datent des années 50, concernant l’histoire, notamment l’histoire de la philosophie), elles prennent ensuite une importance centrale (à partir de l’Essai sur Freud, 1965 et du Conflit des Interprétations, 1969), et jusque de façon tardive (La mémoire, l’histoire, l’oubli, 2000), même si certains textes étaient, jusqu’à une date récente, inconnus des lecteurs français (les écrits anglais sur la psychanalyse). Ajoutons que, touchant ces disciplines comme pour d’autres thèmes, Ricœur se fait grand lecteur : les œuvres complètes de Freud, la pensée de Marx, la sociologie de Max Weber, de nombreux travaux d’histoire et d’historiographie, l’anthropologie de Lévi-Strauss et de Clifford Geertz, divers linguistes, etc.

Ensuite, le paradoxe se redouble du fait de la difficulté à situerles sciences humaines et sociales dans son œuvre. En effet, Ricœur revendique explicitement pour sa pensée l’ambition d’une théorie de la raison pratique (du Juste), philosophie « seconde » qui s’oppose à la philosophie (elle aussi seconde) de la raison théorique (le Vrai) – en l’absence d’une philosophie « première ». Or les sciences humaines et sociales relèvent plutôt de la raison théorique : pour insistante que soit leur présence dans les ouvrages de Ricœur, elles ne peuvent jouer qu’un rôle secondaire au regard du projet central de la « petite éthique ». Peut-être cette aimantation « normative » explique-t-elle pourquoi Ricœur n’est pas vraiment considéré comme un épistémologue, en dépit de contributions pourtant conséquentes. Est-ce à dire que les sciences humaines et sociales s’articulent plus directement au projet d’anthropologie philosophique (qui est peut-être une reprise du projet kantien), au sens où il faudrait d’abord savoirqui est l’homme qui parle, agit, se raconte et fait mémoire ? 

Pour ne rien simplifier, les sciences humaines et sociales apparaissent volontiers, dans l’œuvre de Ricœur, dans un contexte polémique : il s’agit de batailler avec l’œuvre de Lévi-Strauss, de se confronter à la théorie de Greimas, de lutter contre Jean-Pierre Changeux, de dialectiser les réflexions des penseurs du langage (sur la métaphore, la littérature, etc), de critiquer les théoriciens de l’histoire (Hayden White, Fernand Braudel), etc. Il est vrai, l’approche sait parfois se faire plus conciliante (comme avec les travaux de Clifford Geertz), même si ce n’est jamais – contrairement à ce que prétend une légende tenace – par irénisme ou éclectisme.

Enfin, dernière difficulté, la réflexion de Ricœur sur la question a aussi beaucoup évolué. Le philosophe a considérablement enrichi ses premiers travaux sur le rapport de l’histoire à la vérité (Temps et récit ; La mémoire, l’histoire, l’oubli), a accepté certaines critiques, infléchi certaines positions, découvert certains auteurs (par exemple, pour constituer sa philosophie du langage). Qui plus est, certaines de ses controverses sont « datées », parce que relatives à un certain moment de la réception d’un auteur, que l’histoire des idées se charge aujourd’hui de rectifier (par exemple, concernant Saussure). Dans cette œuvre foisonnante, il serait donc assez difficile de déterminer le pertinent et le caduc.

 

L’ampleur du paradoxe ne peut que susciter la curiosité des exégètes. Il y a bien une pensée des sciences humaines et sociales chez Ricœur, avec sa cohérence et sa rigueur, et dont l’importance cruciale, pour le reste de l’œuvre, doit être comprise à la faveur d’une perspective d’ensemble. On voudrait ici aborder plusieurs axes de réflexion.

D’abord, peut-on définir cette théorie des sciences humaines et sociales ? S’agit-il d’une épistémologie ? Comment procède-t-elle ? Quelles en sont les principales dimensions ? Quelle importance y prend l’interprétation ? Quels rapports entretient-elle à l’orientation normative ? Quelles sont les implications éthiques des questions épistémologiques dans l’œuvre de Ricœur ? Quel rôle y joue exactement la théorie de l’action, la théorie de l’histoire ? Pourquoi Ricœur a-t-il pris un soin particulier à constituer une théorie du discours, et quelle est la pertinence de cette dernière ? Qu’est-ce qui motive sa « traversée » d’œuvres spécifiques, au détriment de certaines autres ? Comment lit-il les auteurs des sciences sociales et humaines qu’il aborde, notamment ceux du structuralisme : que voit-il, que manque-t-il ? Lorsqu’il en discute un, ses critiques portent-elles ? Peut-on arbitrer rétrospectivement ses analyses ? 

Ensuite, quel éclairage cette traversée des sciences humaines et sociales permet-elle de jeter sur le reste de l’œuvre ? Dans quelle mesure une telle traversée a-t-elle une incidence sur le rapport que la philosophie de Ricœur entretient avec la phénoménologie ?Ces disciplines servent-elles de socle à la théorie du Juste, et dans quelle mesure ? Pourquoi avoir privilégié certains objets (l’histoire, le langage), au détriment d’autres (l’économie) ? Les sciences humaines et sociales jouent-elle un rôle particulier dans la pensée de l’idéologie, du judiciaire, de la reconnaissance ? Pourquoi avoir pris soin, notamment, de constituer une théorie du discours unifiée, tout en séparant comme distincts les « pouvoir » anthropologiques fondamentaux de « parler » et de « raconter » ?

En outre, ces questions pourraient être complétées par des interrogations concernant les dialogues noués par Ricœur avec d’autres théoriciens des sciences sociales, au sens large : l’épistémologie de Gilles-Gaston Granger, la sémantique structurale de Greimas, la linguistique de Benvéniste, la théorie de la culture de Clifford Geertz, le souci indiciaire de Carlo Ginzburg, l’approche « critique » de Foucault, la philosophie pratique de Jürgen Habermas, d’Axel Honneth, de Chaïm Perelman ou de Jean-Marc Ferry.

Enfin, il serait particulièrement intéressant de convoquer la philosophie de Ricœur pour la confronter à d’autres grandes théories des sciences humaines et sociales avec lesquelles il a peu ou pas du tout dialogué : la théorie des formes symboliques d’Ernst Cassirer, la linguistique de corpus, l’économie des institutions, la psychologie historique de Vernant, la sociologie critique de Bourdieu, l’épistémologie de Jean-Claude Passeron, etc.

            Dans la mesure où l’histoire et la psychanalyse ont déjà fait l’objet d’un traitement spécifique dans un numéro précédent de ERSS, on privilégiera les analyses portant sur les autres sciences sociales, notamment la linguistique et la théorie du discours.

 

Date limite de transmission des textes : 15 mars 2020

Nombre de caractères max. (espaces compris, notes incluses)50 000 caractères. Les contributions doivent être rédigées en français ou en anglais

Format: Pour les questions de style, le journal suit le Chicago Manual of Style. Voir sur le site de la Revue, la rubrique « Directives aux auteurs » : http://ricoeur.pitt.edu/ojs/index.php/ricoeur/about/submissions#onlineSubmissions.

Les articles qui ne respecteront pas ces contraintes éditoriales ne seront pas examinés.

Instructions aux auteurs : Pour soumettre un article, les auteurs doivent s'inscrire sur le site du Journal : http://ricoeur.pitt.edu/ojs/index.php/ricoeur/user/register. Les auteurs doivent suivre un parcours rapide (en cinq étapes) pour télécharger leur article sur le site. Dès réception, les auteurs reçoivent un e-mail de confirmation. Tous les articles sont soumis à une procédure d'évaluation dite à l'aveugle par des pairs. 


 

Editeur invité : Philippe Lacour

 

Prof. Jean-Luc Amalric and Prof. Farhang Erfani, co-editors 
Etudes Ricoeuriennes/Ricoeur Studies Journal
http://ricoeur.pitt.edu<http://ricoeur.pitt.edu/> 


 

 

 

       

 

CALL FOR PAPERS / APPEL A PROPOSITIONS :

Études Ricœuriennes / Ricœur Studies (ERRS)

 

 

ERRS Volume 11, N°1 (2020) : « PAUL RICOEUR : THE CHALLENGES OF THE HUMANITIES and SOCIAL SCIENCES  »

 

Contributors are invited to submit an article for issue number 11, n°1 (2020) of Etudes Ricœuriennes / Ricœur Studies, which is devoted to the following topic:“Paul Ricœur: The Challenges of the Humanities and Social Sciences”.

 

Humanities and social sciences play a paradoxical role in Ricœur’s work for several reasons. To begin with, from a chronological perspective, these disciplines are not at first present in his work (the first texts on this matter appeared in the 50s on the question of history, particularly of the philosophy of history). They subsequently play a significant role (beginning with Freud and Philosophy1965 and Conflict of Interpretations1969), and are present in the later works (such as  Memory, History, Forgetting2000). Some of his writings were, until recently, unavailable to his French readers (his writings in English on psychoanalysis). We should add that concerning these disciplines as well as other themes, Ricœur was a careful reader: the complete works of Freud, Marx’s thought, the sociology of Max Weber, numerous works of history and historiography, the anthropology of Lévi-Strauss and Clifford Geertz, various linguists, etc. 

The paradox deepens due to the fact that it is difficult to situatethe humanities and social sciences in his work. Ricœur indeed explicitly claims, on the one hand, that his thought aims for a theory of practical reason (of the just), a secondary philosophy that is opposed to a philosophy (also secondary) of theoretical reason (of the truth) in the absence of a first philosophy. But, on the other hand, humanities and social sciences are mainly about theoretical reason. As present as they are in Ricœur’s work, they cannot but play a secondary role in terms of his central project of a “little ethics.” This interest in normative questions perhaps explains why, despite his consequential contributions, Ricœur is not considered an epistemologist. Could we say that the humanities and social sciences are direct articulations of philosophical anthropology (itself perhaps a revision of the Kantian project) in the sense that one must first know what is a human capable of speech, action, self-narration, and memory?

Without oversimplifying, the humanities and social sciences appear in Ricœur’s work in a polemicalcontext: his confrontation with Lévi-Strauss, with the work of Greimas, his struggle with Jean-Pierre Changeux, to bring dialetics to the thoughts of thinkers of language (of metaphors, of literature, etc.), to critique theorists of history (Hayden White, Fernand Braudel) etc. It is true that his approach was at times conciliatory (the case of Clifford Geertz comes to mind) but it was never due to Irenicism or eclecticism, despite what some have long maintained.

Last difficulty: Ricœur’s work on this issue greatly evolved. He considerably expanded his work on the relationship between history and truth (Time and Narrative; History, Memory, Forgetting); he accepted some criticisms; some of his positions became more flexible; and he discovered new authors (in the case of his philosophy of language for instance). Moreover, some of the controversies are “dated” as they pertained to the reception of the work of an author at a certain period that the history of ideas has today rectified (Saussure, for example, comes to mind). It is therefore difficult to differentiate between the pertinent and the obsolete in such a rich oeuvre. 

 

The magnitude of the paradox can only arouse the curiosity of the exegetes. There is indeed a reflection on the humanities and social sciences in Ricœur, with coherence and rigor, and whose crucial importance, for the rest of the work must be understood in terms of an overall perspective. We would like here to address several lines of thought.

First, can we define this theory of humanities and social sciences? Is it an epistemology? How does it proceed? What are the main aspects? How important is interpretation? What relationship does it have to normativity? What are the ethical implications of epistemological questions in Ricœur's work? What role exactly does the theory of action or the theory of history play? Why did Ricœur take special care to form a theory of discourse, and what is the relevance of the latter? What motivates his "crossing" of specific works, to the detriment of others? How does he read the authors from the social sciences and humanities that he engages, especially those of structuralism: what does he see, what is he missing? As he discusses one, are his criticisms pertinent? Can we retrospectively judge his analyzes?

Furthermore, what light does this encounter with the humanities and social sciences shed on the rest of his work? To what extent does this encounter affect Ricœur’s philosophical relationship with phenomenology? Do these disciplines serve as a foundation for the theory of the Just, and to what extent? Why did he give certain topics (history, language) a privileged role and to the detriment of others (the economy)? Do the humanities and social sciences play a special role in thinking about ideology, the judiciary, and recognition? Why, in particular, did he carefully constitute a theory of a unified discourse, while separating as distinct the fundamental anthropological “capacities” of "speech" and "narration"?

Additionally, these questions could be supplemented by questions concerning Ricœur's dialogues with other social science theorists, broadly construed: the epistemology of Gilles-Gaston Granger, the structural semantics of Greimas, the linguistics of Benvéniste, Clifford Geertz's theory of culture, Carlo Ginzburg's indexing concern, Foucault's "critical" approach, the practical philosophy of Jürgen Habermas, Axel Honneth, Chaïm Perelman and Jean-Marc Ferry.

Finally, it would be particularly interesting to bring Ricœur's philosophy to dialogue with other major theories in the humanities and social sciences with which he had little or no interaction: the theory of the symbolic forms of Ernst Cassirer, the linguistics of corpus, the economics of institutions, the historical psychology of Vernant, the critical sociology of Bourdieu, the epistemology of Jean-Claude Passeron, etc.

Since history and psychoanalysis have already been thematically addressed in previous special issues of ERSS, emphasis will be placed on analyzes of other social science topics, including linguistics and discourse theory.

 

 

 

Closing date for the submission of texts: 15thof march 2020.

 

Maximum number of characters (including spaces and notes):50,000. Articles can be written either in English or in French.

Format and style:The journal follows the Chicago Manual of Style. See the rubric ‘Author Guidelines’ on the journal’s website: 

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Guest editor: Philippe Lacour

 

Jean-Luc Amalric and Farhang Erfani co-editorial directors Études Ricœuriennes/Ricœur StudiesJournal  http://Ricoeur.pitt.edu