ERRS Volume 9, N° 2, 2018

APPEL À PROPOSITIONS / CALL FOR PAPERS

ÉTUDES RICŒURIENNES / RICŒUR STUDIES (ERRS)

 

Volume 9, N° 2 (2018) / « Affectivité, initiative, fragilité et vulnérabilité dans l’anthropologie philosophique de Ricœur »

 

 

            Nous invitons les contributeurs à présenter un article pour le Volume 9, N° 2 (2018) des Etudes ricœuriennes / Ricœur Studies consacré aux questions de l’affectivité, de l’initiative, de la fragilité et de la vulnérabilité dans l’anthropologie philosophique de Ricœur.

Un regard rétrospectif porté sur le cheminement de l’anthropologie philosophique ricœurienne nous permet aujourd’hui de reconnaître l’importance qu’occupe la question de l’affectivité dans les premières œuvres de Ricœur. La réhabilitation philosophique de l’affectivité réalisée par Ricœur dès Le Volontaire et l’involontaire et L’Homme faillible nous conduit en effet au problème ontologique central de la fragilité humaine et de la capacité d’initiative de l’homme. Dans le passage du « Je peux » au « Je fais » se joue déjà une certaine tension entre l’homme fragile et l’homme responsable que viendra explorer - dans les années 1990 - l’éthique ricœurienne de la sollicitude et de la vulnérabilité humaine. Ce sont précisément les apports essentiels d’une analyse des fonctions ontologiques et anthropologiques de l’affectivité pour la théorisation ricœurienne de l’éthique que ce numéro ambitionne de cerner.

Dans Le volontaire et l’involontaire Ricœur explore les sources profondes de la liberté humaine et les analyses de L’Homme faillible nous invitent à chercher du côté de l’affectivité une « ouverture » de l’homme sur le monde des personnes. De même, dans Histoire et vérité et dans d’autres textes de la même époque, Ricœur s’interroge déjà sur la possibilité de chercher « du côté des sentiments la révélation de l’existence d’autrui » (1954, 340)[1]. Il reste cependant qu’il faut attendre les années 80 (notamment dans Du Texte à l’action) pour que la question de l’intersubjectivité soit véritablement explorée ; et c’est seulement à partir de Soi-même comme un autre que la question de l’autre, dans sa dimension éthique, devient un thème central de la réflexion ricœurienne.

 Or, ce qui fait l’intérêt d’une exploration du thème de l’affectivité dans les débuts de la pensée ricœurienne, c’est a) qu’elle permet d’élargir et d’approfondir les fondements anthropologiques et ontologiques de l’éthique ricœurienne de la sollicitude, b) éclaire d’un jour nouveau, dans l’œuvre du dernier Ricœur, le sens de cette remontée de la norme morale - articulée à la question de la justice - au caractère plus originaire du sentiment de l’amour, c) et nous conduit enfin à penser une nouvelle relation entre responsabilité et vulnérabilité, dans le cadre plus ample d’une anthropologie de l’homme capable. C’est principalement dans ces trois directions que les contributeurs sont invités à réfléchir pour ce numéro thématique.

Si nous avons donc choisi comme titre à ce numéro : « Affectivité, initiative, fragilité et vulnérabilité dans l’anthropologie philosophique de Ricœur », c’est qu’il nous semble qu’une lecture rétrospective des apports phénoménologiques et ontologiques de la constitution de la fragilité affective de l’homme dans la Philosophie de la volonté permet un éclaircissement de la question éthique de l’initiative et du pouvoir faire de l’homme responsable. Il s’agira ainsi d’explorer l’ancrage proprement corporel et affectif de notre capacité d’agir et de pâtir afin de déboucher sur une réflexion éthique et politique capable d’élargir la compréhension de la vulnérabilité humaine.

a)   Initiative

En ce qui concerne tout d’abord la conception ricœurienne de la liberté, on pourra tenter de répondre aux interrogations suivantes : Comment penser l’articulation entre la phénoménologie de la volonté développée dans Le Volontaire et l’involontaire, l’anthropologie réflexive de L’Homme faillible et la formulation herméneutique de l’éthique de la sollicitude exposée dans Soi-même comme un autre ? Dans quelle mesure une approche phénoménologique préalable du corps et du sentiment débouchant sur une analyse des passions de l’homme permet-elle d’éclairer la double dimension - téléologique et déontologique – de l’éthique ricœurienne ? En quel sens la thèse centrale d’une constitution originairement affective de l’action peut-elle s’intégrer à la « petite éthique » de Soi-même comme un autre et nous aider à penser l’idée d’un enracinement narratif de l’éthique ?

b) Fragilité

En ce qui concerne ensuite l’exploration des dimensions à la fois ontologiques et anthropologiques du concept ricœurien de fragilité humaine, on pourra se demander : Dans quelle mesure la conception ricœurienne de la fragilité humaine (qu’il s’agisse de la tension entre liberté et nécessité thématisée dans Le Volontaire et l’involontaire, ou du rapport entre négativité et affirmation originaire thématisé à la fois dans Histoire et vérité et dans L’Homme faillible) permet-elle de donner un fondement à la théorie anthropologique de la « réappropriation du soi» qui prolonge et renouvelle la théorie de la motivation individuelle dans l’herméneutique de soi ? En quel sens l’analyse ricœurienne des passions qui montre la condition mixte de l’homme faillible et la tension existant entre désir et capacités d’effectuation d’une vie sensée, permet-elle d’approfondir de façon décisive la relation entre fragilité et responsabilité exposée dans Soi-même comme un autre ? Comment penser la tension mise au jour dans Soi-même comme un autre, entre, d’un côté, un soi capable d’attestation et responsable de son action, et, de l’autre, un soi traversé par des conflits inhérents à la vie et un sens tragique de l’action qui le rendent parfois impuissant à dire, à faire, à raconter et à répondre de soi face à l’appel de l’autre ?

 

c) Vulnérabilité

Cette série de questions pourrait enfin être complétée par une série d’interrogations concernant les enjeux de la conception ricœurienne de la constitution de l’identité personnelle et collective et de l’identité narrative. Dans les dialogues que cette conception engage avec d’autres penseurs (Freud, Marx, Heidegger, Arendt, Jonas, Habermas ou Gadamer) sur des thèmes aussi divers que : la narrativité, la psychanalyse, l’histoire, l’idéologie ou la reconnaissance se joue en effet le sens même de l’approche ricœurienne de la vulnérabilité humaine.

Au-delà de ces discussions philosophiques effectivement développées par Ricœur, nous souhaiterions enfin favoriser des réflexions ouvertes sur la question de la dialectique entre affectivité et initiative, en faisant place à des auteurs ou de domaines théoriques avec lesquelles Ricœur a peu ou pas du tout dialogué. Dans cette perspective, nous pensons en particulier à la Daseinanalyse fondée par Binswanger, et à se prolongements chez Medard Boss ou Maldiney. A nos yeux, une telle approche analytique nous invite en effet à penser un élargissement de la constitution ricœurienne de l’ipseité, en explorant aussi certaines déviations et pathologies du Dasein qui peuvent être instructives pour mieux comprendre les constituants psychologiques et existentiels susceptibles de déterminer les possibilités ainsi que les limites de l’accueil de l’autre.

 

Date limite de transmission des textes : 15 septembre 2018.


Nombre de caractères max. (espaces compris, notes incluses) : 50 000 caractères. Les contributions doivent être rédigées en français ou en anglais.

Format : Pour les questions de style, le journal suit le Chicago Manual of Style.

Voir sur le site de la Revue, la rubrique « Directives aux auteurs » :

http://Ricœur.pitt.edu/ojs/index.php/Ricœur/about/submissions#onlineSubmissions.

Les articles qui ne respecteront pas ces contraintes éditoriales ne seront pas examinés.

Instructions aux auteurs : Pour soumettre un article, les auteurs doivent s'inscrire sur le site du Journal : http://Ricœur.pitt.edu/ojs/index.php/Ricœur/user/register. Les auteurs doivent suivre un parcours rapide (en cinq étapes) pour télécharger leur article sur le site. Dès réception, les auteurs reçoivent un e-mail de confirmation. Tous les articles sont soumis à une procédure d'évaluation dite à l'aveugle par des pairs. 


 

Editeurs invités : Beatriz Contreras Tasso et Patricio Mena Malet

 

Eileen Brennan et Jean-Luc Amalric, co-éditeurs Études Ricœuriennes/Ricœur Studies Journal <http://Ricœur.pitt.edu/> 


 

 

 

 

 

 

 

APPEL À PROPOSITIONS / CALL FOR PAPERS

ÉTUDES RICŒURIENNES / RICŒUR STUDIES (ERRS)

 

Volume 9, N° 2 (2018) / “Affectivity, initiative, fragility and vulnerability in Ricœur’s philosophical anthropology”

 

Contributors are invited to submit an article for Volume 9, N° 2 (2018) of Etudes Ricœuriennes / Ricœur Studies, which is devoted to questions of affectivity, initiative, fragility, and vulnerability in Ricœur's philosophical anthropology.

These days, a retrospective look at Ricœur’s philosophical anthropological journey allows us to recognize the importance of the issue of affectivity in his early works. The philosophical rehabilitation of affectivity carried out by Ricœur as far back as Freedom and Nature and Fallible Man leads us to the central ontological problem of human fragility and the human capacity for initiative. The path from "I can" to "I do" already involves a certain tension between the fragile human being and the responsible human being, which Ricœur’s ethics of solicitude and human vulnerability will explore in the 1990s. These are precisely the essential contributions that an analysis of the ontological and anthropological functions of affectivity makes to the Ricœurian theorization of ethics, which this issue aims to identify.

In Freedom and Nature, Ricœur explores the deep sources of human freedom; and the analyses of Fallible Man invite us to seek, on the side of affectivity, a human being’s "opening" to the world of people. Similarly, in History and Truth and in other texts of the same period, Ricœur is already wondering about the possibility of trying to find, on the side of feelings, the revelation of the existence of others (cf. 1954, 340).[2] Nonetheless, it was not until the ‘80s (especially in From Text to Action) that the question of intersubjectivity was really explored; and it is only beginning with Oneself as Another that the question of the other, in its ethical dimension, becomes a central theme of Ricœur's thought.

Now, what makes an exploration of the theme of affectivity in Ricœur's early thought interesting is: (a) the opportunity it provides to expand and deepen the anthropological and ontological foundations of the Ricœurian ethics of solicitude; (b) the opportunity it provides, when considering the work of the later Ricœur, to shed new light on the meaning of this return from the moral norm―linked to the question of justice―to the more original character of the feeling of love; and finally (c) the potential it has for leading us to think of a new relationship between responsibility and vulnerability, within the broader framework of an anthropology of the capable human being. It is mainly in these three directions that contributors are invited to reflect for this thematic issue.

We have chosen, “Affectivity, initiative, fragility and vulnerability in Ricœur’s philosophical anthropology,” as the title for this issue because it seems to us that a retrospective reading of the phenomenological and ontological contributions to the constitution of the affective fragility of human beings, in The Philosophy of the Will, allows for a clarification of the ethical question of initiative and the power that the responsible human being has. So, it will be a question of exploring the proper bodily and affective anchoring of our capacity to act and suffer in order to open up an ethical and political reflection capable of broadening the understanding of human vulnerability.

(a) Initiative

First of all, with regard the Ricœurian conception of freedom, we can try to answer the following questions: How are we to think about the links between the phenomenology of the will developed in Freedom and Nature, the reflexive anthropology of Fallible Man, and the hermeneutical formulation of the ethics of solicitude detailed in Oneself as Another? To what extent does a prior phenomenological approach to the body and feeling, leading to an analysis of human passions, shed light on the double dimension―teleological and deontological―of Ricœurian ethics? In what sense can the central thesis of an originally affective constitution of action be integrated into the "little ethics" of Oneself as Another and help us think about the idea of a narrative entrenchment of ethics?

(b) Fragility

Next, with regard the exploration of both the ontological and the anthropological dimensions of the Ricœurian concept of human frailty, we can ask ourselves: To what extent does Ricœur's conception of human fragility (whether it is the tension between freedom and necessity thematized in Freedom and Nature or the relationship between negativity and original affirmation thematized in both History and Truth and Fallible Man) give a foundation to the anthropological theory of the "reappropriation of the self" that prolongs and renews the theory of individual motivation in the hermeneutics of the self? In what sense does the Ricœurian analysis of passions, which show the mixed condition of fallible man and the tension between desire and the performance capacities of a meaningful life, allow us to delve more deeply into the relationship between fragility and responsibility expounded in Oneself as Another? How are we to think about the tension revealed in Oneself as Another, between, on the one hand, a self capable of attestation and responsible for her or his action and, on the other hand, a self living through conflicts that are inherent to life whilst having a tragic sense of action that sometimes makes her or him powerless to say, to do, to tell and to answer for herself or himself in the face of the call of the other?

(c) Vulnerability

This series of questions could finally be supplemented by a series of questions concerning the issues raised by the Ricœurian conception of the constitution of personal, collective, and narrative identity. In the dialogues on topics as diverse as: narrativity, psychoanalysis, history, ideology or recognition that this conception has with other thinkers (Freud, Marx, Heidegger, Arendt, Jonas, Habermas or Gadamer) the very meaning of Ricœur's approach to human vulnerability is played out.

Beyond these philosophical discussions, which were actually developed by Ricoeur, we would finally like to encourage open reflections on the subject of the dialectic between affectivity and initiative, giving way to authors or theoretical fields with which Ricœur has little or no dialogue. In this regard, we are thinking in particular of the Daseinanalyse established by Binswanger, and of its development in Medard Boss or Maldiney. In our view, such an analytical approach invites us to think of an enlargement of the Ricœurian constitution of ipseity, by also exploring certain deviations and pathologies of Dasein that can be instructive if we want to better understand the psychological and existential constituents likely to determine the possibilities as well as the limits of the reception of the other.

Closing date for the submission of texts: 15th September 2018.

Maximum number of characters (including spaces and notes): 50,000. Articles can be written either in English or in French.

Format and style: The journal follows the Chicago Manual of Style. See the rubric ‘Author Guidelines’ on the journal’s website:

http://ricoeur.pitt.edu/ojs/index.php/ricoeur/about/submissions#onlineSubmissions

The editors cannot consider articles that do not follow these guidelines.

Instructions to authors: In order to submit an article, authors need to register on the journal website: http://ricoeur.pitt.edu/ojs/index.php/ricoeur/user/register. There is a quick, five-step procedure to upload articles to the website. As soon as articles are uploaded, authors will receive a confirmation email. All articles will be peer-reviewed by two referees in a ‘double blind’ process.

Guest editors: Beatriz Contreras Tasso and Patricio Mena Malet

Eileen Brennan and Jean-Luc Amalric, co-editorial directors Études Ricœuriennes/Ricœur Studies Journal http://Ricoeur.pitt.edu 

 



[1] P. Ricœur, “Sympathie et respect”, Revue de Métaphysique et de Morale, 59 (1954), 380-397.

[2] P. Ricœur, “Sympathie et respect”, Revue de Métaphysique et de Morale, 59 (1954), 380-397.